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Mois Après Mois

3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 15:15
           Bruno, notre croqueur de mots préféré, vient de créer justement la communauté des Croqueurs de mots. J'ai beaucoup aimé l'idée, surtout celles des défis des "Mots de tête" qui nous seront proposés chaque lundi. Je ne suis pas certaine de pouvoir participer chaque semaine mais là, je me suis lancée !
            Pour ces  "Mots de tête " n° 1 , Bruno nous a mis au défi d'écrire un texte en utilisant tous les chiffres de Un à Dix.
            Voici donc ce compte à rebours un peu particulier et qui, moi, me bouleverse. Je vous raconterai le pourquoi du comment après. Bonne lecture !



Dix minutes, dix petites minutes avant… Avant quoi ? Il préfère ne pas y penser.

Dix minutes, dix toutes petites minutes. Il pourrait presque les compter sur ses doigts comme il le faisait quand il était petit garçon, assis à son pupitre de la communale.

 

Neuf minutes, neuf petites minutes avant l’indicible, avant le néant…

Neuf minutes, neuf toutes petites minutes. Il pense à sa mère, à sa jolie maman, la plus belles des mamans. Sa maman qui le bordait tous les soirs en lui caressant les cheveux. Sa maman si douce qui lui faisait de délicieuses tartes aux pommes.

 

Huit minutes, huit petites minutes avant ça…

Huit minutes, huit toutes petites minutes. Il songe à son village, aux minuscules maisons accrochées à flanc de montagne. Il regrette le froid vif de l’hiver et le chaud soleil de l’été.

 

Sept minutes, sept petites minutes avant le bout du tunnel…

Sept minutes, sept toutes petites minutes comme autant de jours dans la semaine, comme autant de couleurs dans l’arc-en-ciel. Peut-être qu’après ça il pourra trouver la marmite de pièces d’or mais à quoi bon ???

 

Six minutes, six petites minutes avant que justice ne se fasse mais quelle justice ? Celle de Dieu ou celles des hommes ? Qu’importe…

Six minutes, six toutes petites minutes. Il se souvient de ses six ans et de la cane à pêche que son père lui avait fabriqué. Il n’a jamais rien su attraper avec ! Il retrouve le goût de la soupe au lard, des sucres d’orge et de l’orange de Noël.

 

Cinq minutes, cinq petites minutes avant le grand saut…

Cinq minutes, cinq toutes petites minutes comme les doigts d’une main. Ces cinq doigts qu’il trempait dans le pot de confiture de mûres chipé en haut du buffet. Que c’était bon de les lécher un à un !

 

Quatre minutes, quatre petites minutes avant la fin de tout…

Quatre minutes, quatre toutes petites minutes. Il pense à Marthe, sa chère et tendre Marthe. Il replonge dans ses yeux si beaux. Il se souvient de ses lèvres si douces, de sa peau si soyeuse, de ses seins si fermes…

 

Trois minutes, trois petites minutes avant l’explosion finale…

Trois minutes, trois toutes petites minutes… Ses trois enfants chéris. Il y a Jeanne et ses boucles blondes et puis André, si sérieux du haut de ses trois ans. Et aussi Paul, le petit dernier qu’il ne verra jamais. Marthe lui a annoncé la naissance dans sa dernière lettre. Il aimerait tant que ses trois anges puissent être fiers de leur papa…

 

Deux minutes, deux petites minutes avant le Jugement Dernier…

Deux minutes, deux toutes petites minutes… Encore deux minutes à supporter ce chaos de boue, d’obus et de sang. Ce chaos qu’il a tenté de fuir, en vain… Encore deux minutes avant de revoir tous ses camarades, ses copains, ses compagnons d’infortune tombés au champ d’honneur comme ils disent...

 

Une minute, une seule petite minute avant le fracas des armes et la morsure du métal…

Une minute, une toute petite minute. Son cœur compte chaque seconde l’une après l’autre, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Les larmes coulent sous le bandeau noir, ses mains se tordent dans leurs liens…

 

Dix, neuf… Il entend le cliquetis des fusils.

 

Huit, sept…Il attend.

 

Six, cinq… Bientôt tout sera terminé, enfin.

 

Quatre, trois… Il hurle en silence à sa femme et à ses gosses tout son amour.

 

Deux… Il retient son souffle.

 

Un… Mon Dieu…

 

Zéro… Fracas de feu, fracas de sang, le vide, le néant et au bout, la lumière…




             J'espère que ce texte vous aura plu.
             L'idée d'un compte à rebours final m'a immédiatement séduite. J'ai pensé à ce que l'on pouvait ressentir en sachant que la fin, la mort approche irrémédiablement. J'ai voulu imaginer les pensées d'un condamné attendant la sentence.
             Deux romans fabuleux me sont alors revenus à l'esprit : "La ligne verte" de Stephen King, l'un de ses meilleurs romans à mon avis, et "Jugé Coupable" d'Andrew Klavan.
             De fil en aiguille, j'ai écrit l'histoire de l'un de ces nombreux soldats fusillés pour l'exemple dans l'horreur des tranchées de 1914 - 1918 alors qu'ils n'avaient voulu qu'échapper à l'absurdité des combats.

A bientôt pour un nouveau défi !

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Published by Perfecta - dans Boîte à Mots
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commentaires

Nat 14/09/2009 03:36

que dire... s'il ne reste que 10 petites minutes, souvenirs en affluance, nostalgie des êtres cherstrès réussit bravobonne semaine

Perfecta 20/09/2009 22:51


Merci  beaucoup


Eglantine 09/09/2009 12:06

bonjourle texte est superbe et on ne peut qu'admirer ton talent seulement voilà à mon âge j'ai besoin d'espoir alors je vais garder ton histoire et rien que pour moi rajouter un P.S ..."ce n'était qu'un cauchemar "les meres-grand ont souvent trop de douleurs en elle, alors elles ont besoin aussi d'un peu de ciel tu ne m'en veux pas pour on p.s personnel ?????BIZZZZZZZZZZZZ

Perfecta 09/09/2009 18:09


pas de problème, chacun le prends comme il le ressent...


Lyam 07/09/2009 15:33

Un terrible compte à rebours... Tu nous tiens en haleine jusqu'au bout, naîfs que nous sommes, on espère quand même... Bise Perfecta.

Perfecta 09/09/2009 17:11


Moi aussi j'ai espéré mais ça ne marche pas dans la vraie vie...


Elise 05/09/2009 20:45

Tu es très douée, Perfecta. A chaque fois, je regarde à la fin de tes textes pour voir l'auteur tellement c'est pro ! Je suis épatée ! J'avais été très émue par des textes sur la peine de mort écrit par Victor Hugo. Et par Dostoïevski, condamné à mort et grâcié au dernier moment, alors qu'il était déjà près de l'échafaud et que certains de ses camarades avaient déjà un sac sur la tête et presque la corde au cou. Il raconte les minutes qu'ils croyaient être les dernières dans son roman "L'Idiot".

Perfecta 08/09/2009 07:02


Je n'ai jamais lu cet ouvrage de Dostoïevski, il va me falloir combler cette lacune !


vividecateri 04/09/2009 16:00

oups!!! trop poignant!!! dès le début j'ai ressenti comme une angoisse dans ma gorge, tu sais ..;la boule!!! qui gonfle, je me suis dit non cela va bien se terminer!!! il va sauter à l'élastique ou se réveiller..; et bien non maintenant j'ai les larmes aux yeux... merci de me donner des émotions pareilles!!! même si je préfère rigoler..; aujourd'hui j'ai mon compte ...quel défi bien relevé et bien bruno tu es gâté! bisous

Perfecta 08/09/2009 06:42


Je suis ravie que tu aies apprécié...